Coup de ♥

Alicexdarling vs Lionel MrBiz : l’interview croisée

4 juin 2014

Vous connaissez sans doute ma passion pour le tatouage. Tatouée moi-même depuis une dizaine d’année, j’avoue que cet art m’a très vite touchée, happée si je puis dire. Quand j’ai demandé à Alice Darling (blogueuse et modèle) et Lionel MrBiz (tatoueur doué, et entre autre celui qui a réalisé mon deuxième tattoo) de se prêter au jeu de l’interview croisée, ça donne ça…

Pourquoi ce surnom ?

Alice Darling : Alice car c’est mon prénom et je n’ai pas envie de le changer, Darling pour la douceur et aussi la neutralité.

Lionel MrBiz : parce que j’ai des potes qui m’appelaient Biz (pour « bizarre ») au lycée. Avec mes quelques piercings et mes habits noirs, j’avais une allure différente du reste des lycéens.

Racontes moi l’histoire de ton premier tatouage

Alice D : Je l’ai fait un peu avant mes 18 ans, j’ai décidé de faire deux petites étoiles roses du manga Little Twin Star, l’histoire de deux petits jumeaux. J’ai un frère jumeaux et je suis une fan de manga alors bon…je me disais que même si on peut regretter un peu ce motif, ça passe quand même. Je ne voulais pas prendre trop de risques au vu mon jeune âge au moment de ce premier tatouage.

L. MBiz : Je me faisais piercer par olivier V-lasco chez Body Season à Aix. Pour mes 18 ans, j’ai décidé de me faire tatouer au même endroit par Didier Ra qui était déjà un dessinateur hors pair et un tatoueur de talent. Je me suis fais piquer un gros tribal avec une tête de mort dans le haut du dos (en 1999 le tribal n’était pas ringard -rires-)

Un style que tu préfères en particulier ?

Alice D : J’aime beaucoup le neo-traditionel et tous les tatouages de nature en général.

L. MBiz : Je fais du Japonais, du traditionnel remanié à ma sauce, mais j’aime toucher à tout, je pense qu’il faut avoir plusieurs cordes à son arc. Je crois que la seule chose que je ne fais pas, c’est les portraits réalistes de personnes existantes. Inutile de venir me voir pour le portrait de votre grand père -rires-

Que peut-on admirer parmi tes nombreux tatouages ?

Alice D : Je ne vais pas m’étaler sur les significations individuelles, globalement mes tatouages sont un hommage aux valeurs et à la culture que j’ai reçu enfant, ce qui m’a été transmis et tout le positif que j’en ressors. Je n’aime pas les tatouages négatifs, on est pas forcement en colère toute sa vie. Mes parents m’ont transmis le goût de l’imaginaire, de la lecture, du cinéma, des mangas. C’est dans tout cela que je m’épanouis mais aussi que je peux souffler. On retrouve une atmosphère de conte et de fantastique dans mes tatouages. J’ai aussi le bas de ma jambe droite dédié à Hayao Miyazaki et le haut de mon épaule gauche avec une référence à Sailor Moon.

L. MBiz : Tu parles des tatouages que je fais sur les autres ou des miens ? 😉 (finalement ça restera encore une énigme)

La ou les partie(s) du corps que tu aimes mettre en lumière à travers tes tatouages ? Les autres que tu te toucheras jamais et pourquoi ?

Alice D : Je ne cherche pas forcement à mettre en lumière un partie de mon corps en particulier, j’ai eu envie de bien terminer mes bras et mes jambes pour ne pas m’étaler de partout et me réserver le dos pour un peu plus tard par exemple, je veux un dos complet qui se termine sur les fesses alors ça va prendre du temps! Je ne pense pas toucher à mon ventre avant un moment (tu sais la grossesse tout ça…). La poitrine n’est pas un endroit qui me plait, mais il ne faut jamais dire jamais. Pour le moment je fini quelques « blancs » sur mon bras droit, j’aimerais aussi faire les genoux dans les mois qui suivent et continuer mon mollet droit.

L. MBiz : Je ne suis pas strip teaseur !!! Je ne considère pas qu’il y ai des parties à ne pas tatouer. Actuellement, Je n’ai rien sur les mains, le visage ou autres parties vraiment apparentes, mais je ne suis pas contre…

As-tu déjà essuyé des critiques et moqueries mal placées ?

Alice D : Oui de la même façon que cela peut arriver à n’importe quelle personne présentant une particularité.

L. MBiz : Je n’ai jamais eu la moindre moquerie, le tatouage relève d’une démarche personnelle, je ne prête pas grand intérêt à l’avis des autres. Il y aura toujours des fans & des détracteurs.

De moins en moins marginal, le tatouage se démocratise et 1 français sur 10 reconnait en avoir un. Le Quai Branly y consacre d’ailleurs une grande exposition cette année. Comment expliques-tu ce changement de mentalité ?

Alice D : Internet et les médias en général ont démocratisé le tatouage. La technique de tatouage en elle même permet d’avantage de créer des pièces de plus en plus belles comparé à 15 ou 20 ans en arrière. Je pense qu’il est naturel que certaines personnes, plus en confiance avec le résultat et le côté artistique, esthétique, se lancent.

L. MBiz : La démocratisation est liée à l’effet de mode repris par la pub, les médias. Nous sommes dans une société où tout passe par l’image, le tatouage se démocratise, se voit sur des personnes connues. D’une manière générale, c’est une bonne chose que le tatouage ne soit plus stigmatisé. Cela permet aux gens de s’exprimer et de faire ce qu’ils veulent. Je ne vais pas cracher dans la soupe, cela me permet de poser de belles pièces sur des gens qui me font confiance. La contre partie, c’est que les gens, alors que les moyens de s’informer sur le tatouage n’ont jamais été aussi accessibles, se font tatouer n’importe quoi par n’importe qui, en cherchant le meilleur prix et le meilleur délai. Ceci est une démarche intellectuelle pauvre et qui va à l’encontre de l’esprit sacré qu’il y a dans ce milieu. Ce qui est dommage, c’est que ces gens le regretterons peut être un jour, et le déconseillerons à leurs proches… Il me tarde de voir cette expo au Quai Branly. Je ne rate pas une occasion de faire des expos, de visiter des musées lorsque je voyage, et connaissant le Quai Branly, c’est un honneur pour le monde du tatouage d’y voir une expo consacrée.

Que penses-tu de la polémique du « tatouage couleur », quelque peu exagérée à la fin de l’année dernière ?

Alice D : Cette polémique a été un tremplin à d’autres discussions autour du tatouage qui devront, un jours ou l’autre, être abordée de façon plus approfondie. Exagérée, je ne sais pas. C’est rassurant de voir qu’il y a un grand nombre de personnes réactives face à un texte grotesque comme celui présenté par l’ANSM.

L. MBiz : Exagérée, oui, c’est le cas de le dire, Un problème typiquement Franco Français. La France se retrouve vite dépassée face aux nouveaux phénomènes, c’est un pays qui a des vieilles traditions et façon de faire et qui a du mal à être réactif. Des encres valables partout dans le monde qui ont été adaptées aux normes drastiques Européennes, ne sont pas encore assez bonnes pour la France. De toute façon, quitte à plonger dans l’illégalité, je pense que beaucoup auraient continué leurs boulots en couleurs avec des encres valides aux normes Européennes ou seraient parti à l’étranger.

Que penses-tu de la tendance du tatouage « home made » (ci-joint un article http://style.lesinrocks.com/2014/05/02/tatouage-home-made-sauvage-d-i-y-radical/ )

Alice D : Si les gens n’étaient pas de gros crasseux qui prennent une douche par semaine et qui font le ménage seulement la veille de l’état de lieu ça serait différent.  Après si tu aimes les bonhommes bâtons fait sur le canapé où ton chat pisse en traitre, chacun son problème. Ce n’est pas pour rien qu’il y a des règles d’hygiène dans un salon de tatouage, des normes à respecter. En plus je bosse dans le médico-social, alors j’avoue avoir une opinion un peu orientée anti-bactérie. Quand les motivations à se faire tatouer « homemade » sont d’ordre financière je trouve ça naze, et ce d’ordre général, à mon sens on ne choisit pas un tatoueur selon ses tarifs.

L. MBiz : Toute ouverture d’un milieu entraîne son corollaire de dérapages. Le SNAT (Syndicat National des Artistes Tatoueurs représenté par Tin-Tin, entre autres) se bat activement contre cette pratique interdite. Si des gens ont envie de se planter des aiguilles et de s’encrer entre potes, pas de soucis, cela a toujours existé. Le problème, c’est quand ça devient une démarche commerciale qui prend de l’ampleur. Ce qui m’étonne, c’est que les gens ne se font pas réparer une carie par un voisin armé d’une trousse à outils ! Sérieusement, le tatouage est un métier qui requiert de réelles compétences et contrairement à ce que la tendance peut laisser penser, il y a des savoirs- faire graphiques, des connaissances en matière d’hygiène incontournables. C’est un art séculaire qui ne se résume pas à planter des aiguilles dans la peau avec de l’encre.

Si tu devais convaincre les plus réticents à se faire tatouer ? Quel discours tiendrais-tu ?

Alice D : Je ne cherche pas à convaincre qui que ce soit. Chacun fait ce qu’il veux, quand il veux, même si c’est jamais. Faire un tatouage est une démarche personnelle, je ne vois pas pourquoi je m’en mêlerais.

L. MBiz : Surtout ne vous faites pas tatouer !!! Gardez votre peau vierge ; elle est très bien comme ça. Se faire tatouer relève d’une démarche personnelle, il ne faut en aucun se faire tatouer parce que c’est la mode, qu’un copain l’a fait. C’est une démarche individuelle, il n’y a aucun intérêt à convaincre quelqu’un de porter un tatouage.

A l’aube de tes 80 printemps, quel regard porteras-tu sur tes tattoos ? On assume toujours finalement ?

Alice D : Comme je suis déjà bien bigleuse, d’ici là je ne verrais plus rien, mais de toute façon les tatouages n’empêchent pas d’avoir des rides, la peau plissée et pleine de tâches. Je serais dans le même état qu’une personne non tatouée mais avec des vieilles couleurs en plus. Comme leur signification est très positive et rassurante, j’espère avoir un regard bienveillant sur mes tatouages plus tard, les regarder comme de vieilles photos représentant de bons moments.

Et on assume chacun à sa manière, pour moi assumer ses tatouages c’est aussi assumer de pas forcement les montrer H24, être soi même quand bien même on ne les voit pas entièrement, savoir qu’ils sont là et pas forcement les mettre sous le nez de tout le monde. Plus difficile parfois, assumer c’est aussi s’en foutre quand l’autre porte un regard appuyé, voir dégoûté, dessus.
Au quotidien je les montre surtout pour les shooting photos car les marques et les photographes y tiennent, c’est très vendeur en ce moment. Dans la vie de tout les jours je m’en fou un peu, je bosse en pédo-psychiatrie et je suis plus à l’aise en pantalon, c’est pas pour autant que je n’assume pas d’avoir les jambes tatouées, quand on les voit ça m’est égal. Pour certaines personnes si t’as pas tout le temps le tattoo à l’air tu n’assumes pas, tu n’es pas toi … c’est un postulat comme un autre mais au final il faut surtout éviter de se prendre la tête. Assumer reste donc très subjectif.

L. MBiz : Pas sûrs qu’on arrive à 80 balais -rires- on verra bien. Mes tatouages sont un carnet de voyage, j’espère me dire que j’ai eu une vie bien remplie. Zalando te reprend tes chaussures…. Le tatouage, franchement c’est un peu plus compliqué ! Si t’assumes pas, c’est bien fait, il fallait réfléchir avant. Le problème, c’est que la cervelle, ça ne s’achète pas. Et plus sérieusement, je suis connu par certains pour être le tatoueur qui dit non. Pour moi, c’est plus qu’un métier, c’est une passion et je ne poserai pas à vie une marque sur quelqu’un si je sens que la chose n’est pas réfléchie. Ca fait 10 ans que je pique, j’estime qu’en tant que professionnel, j’ai aussi un rôle de conseil. Quand je sens des projets trop immatures ou prématurés, je pousse mes clients à réfléchir, je leur donne des bases de documentation, des références visuelles dans le monde du tattoo ou de l’art en général pour qu’ils se fassent une idée. Malgré la médiatisation et l’effet de mode dont on parlait plus haut, au final, la clientèle bien informée reste une immense minorité, je me dois en tant que professionnel de faire partager ma passion et d’informer les clients.

 

Merci infiniment à vous deux ! En attendant mes petits chats je vous dis à très bientôt. Ah, et, auto-promo oblige, mon blog devrait bénéficier d’un joli coup de pouce cet été, au mois de Juillet plus exactement. Une ITV dans le ELLE PACA (avec mes adresses mode et it-pièce de l’été) et une page consacrée dans un magazine charity&luxe, je vous en parle très vite.

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2 Comments

  • Reply Lorna 5 juin 2014 at 6 h 08 min

    J’adore !
    J’ai découvert cette interview grace au Fb d’Alice il me semble, et je peux dire que je la félicite d’avoir aussi bien démontré mon ressenti envers certaines choses ou idées à l’égard du Tattoo.
    Je trouve ça très bien d’avoir conscience que c’est une chose personnelle jamais tu ne pourras en parler au nom de quelqu’un d’autre. De ce fait c’est exact qu’on a pas forcément à convaincre qui que ce soit à se faire tatouer … Encore heureux ! 😉
    Xxx
    Lorna

  • Reply Illyria 7 juin 2014 at 14 h 56 min

    Merci pour cette interview très très intéressante!

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